Déchiffrage : inégalités de genre et enjeux de l’insertion pro des BPI (programme AGIR)
L’insertion professionnelle des Bénéficiaires de la Protection Internationale est un pilier de l’intégration dans le but d’accompagner les personnes vers l’autonomie. Il est au cœur de l’accompagnement des programmes AGIR mais aussi d’autres comme la réinstallation mais aussi les CPH, CHRS, etc. Ceci étant dit s’il peut apparaître simple à énoncer les obstacles sont nombreux à franchir pour accompagner vers l’autonomie professionnelle.
Sur la base des données récoltées dans les programmes AGIR opérés par l’Entraide Pierre Valdo, nous vous proposons un panorama de l’insertion professionnelle des BPI. Même s’il ne représente que 500 personnes en accompagnement direct il permet d’apercevoir des tendances lourdes dans cet accompagnement.
Il est précisé que les données présentées ci-dessous sont une photographie à un instant précis de la situation des personnes pendant leur accompagnement dans le cadre d'AGIR ( en l’occurrence, données de décembre 2025).
Les éléments synthétisés ici ne présentent pas et ne mesurent donc pas le travail des équipes AGIR en matière d’insertion professionnelle des BPI (à la différence de ce qui est mis en valeur dans les rapports d’activité).
Dans une logique de mise en perspective, ces chiffres globaux visent seulement à illustrer les enjeux de l'insertion professionnelle, au regard des inégalités constatées (inégalités de genre, niveau d’études à l’arrivée, etc.) et des freins rencontrés.
Panorama d'ensemble
Sur 537 personnes étudiées dans leurs parcours, 35% (187) sont en emploi, 19% (101) en formation et 42% (226) sont sans emploi. D’autres suivent des activités d’insertion non professionnalisante (de type bénévolat) ou bien ne sont pas concernées pour des raisons diverses comme un âge avancé.
Ces chiffres varient fortement selon le genre où l’insertion professionnelle n’est pas égalitaire comme le montre le schéma ci-contre. Les personnes masculines accompagnées sont 49% en emploi et 16% en formation, soit 65% en démarche active d’insertion.
Comparativement, le taux d’emploi pour les femmes accompagnées chute à 16%, et 22% pour celles qui sont en formation. En tout 38% des femmes sont en démarches actives d’insertion.
Le type d’emploi global
En utilisant les catégories socio-professionnelles de l’INSEE les BPI par AGIR accompagnées et en situation d’emploi sont très majoritairement ouvriers (77%) suivis de la catégorie employés (21%). Seuls 2% exercent des professions intermédiaires ou sont dans la catégorie Cadres et professions intellectuelles supérieures.
Il existe des variations selon les départements. Par exemple le secteur “Employés” est plus important dans le département de la Loire avec 31% alors que dans le Vaucluse il ne représente que 12%. Les ordres de grandeurs sont les mêmes.
Le niveau d’études
Sur les 537 personnes accompagnées 86% ont reçu une scolarisation. Parmi celles-ci 56% ont un niveau d’études équivalent au BAC ou supérieur, 4% ont un niveau CAP ou BEP, 20% un niveau d’études du collège et 15% en élémentaire.
Il est à noter que 14% d’entre eux déclarent un niveau d’étude équivalent à une maîtrise ou plus.
Nous constatons toutefois une légère différence dans le niveau d'études entre les femmes et les hommes : 33 % des femmes ont suivi des études supérieures, contre 24 % des hommes. Parallèlement, 35 % des hommes ont un niveau élémentaire/collège, contre 23 % chez les femmes.
L’emploi selon le diplôme : le grand déclassement
Si l’emploi occupé par les BPI ne correspond pas forcément aux diplômes ou à leur niveau d’études les données recueillies permettent tout de même d’évoquer un grand déclassement dans l’insertion. Ceci est particulièrement vrai pour les personnes très diplômées.
Ainsi, parmi ceux qui ont effectués des études supérieures seuls 2% exercent une profession de type cadre ou profession intellectuelles supérieures, 5% occupent une profession intermédiaire, 36% sont employés et 57% sont ouvriers.
Pour les autres niveaux d’études les proportions de catégories socio-professionnelles sont similaires avec 84% d’ouvriers et 16% d’employés pour des personnes non scolarisées et 83% d’ouvriers et 15% d’employés pour des personnes avec un BAC, un CAP ou un BEP.
En croisant le niveau d’études avec le genre la situation est plus contrastée. 58% de femmes sont employées contre 11% seulement pour les hommes. Aucune femme n’exerce de profession intermédiaire ou équivalent Cadres. Les hommes sont 86% dans la catégorie ouvriers et 11% dans celle des employés. Ils sont 2% à exercer une profession intermédiaire et 1% avec un niveau cadre ou profession intellectuelle supérieure.
Perspectives et limites
L’accompagnement par AGIR est réalisé sur une durée limitée dans le temps. Ces données sont donc celles des enjeux de l’accès à l’emploi pour des personnes nouvellement arrivées en France. Cela étant dit, il est évident que le diplôme n’est ici pas la porte d’entrée au marché de l’emploi, au moins dans un premier temps.
Les femmes sont moins insérées dans l’emploi que les hommes et trouvent seulement un emploi de les catégories Ouvrier ou Employé. Les hommes occupent très majoritairement des emplois d’ouvriers mais pour quelques personnes il est possible d’accéder aux professions intermédiaires sont ou cadres. Ce qui n’est pas le cas des femmes qui sont majoritairement plus diplômées.
Enfin, les variations par bassins d’emploi pèsent sur les opportunités d’emploi ouvrier ou employés mais ont peut d’influence sur les autres catégories socio-professionnelles accessibles aux BPI.
Ce que ne disent pas ces chiffres,ce sont les mécanismes qui expliquent l’inégalité de genre ou bien le déclassement socio-professionnel des personnes les plus diplômées. On peut cependant avancer que la maîtrise de la langue française, la garde d’enfants, les problèmes de santé, les difficultés dans la mobilité ou encore l’accès à un réseau de recommandations dans l’emploi sont autant de freins à l’œuvre dans l’insertion des BPI.

